06 mai 2008

Histoire du yoga en Occident

par Marc-Alain DESCAMPS

 

960210_MAD_06.gifExtrait 1

En France.

1795, fondation de l’Ecole des Langues Orientales
1815 la première chaire de sanskrit en France est ouverte au Collège de France pour M. de Chezy
1848-1851 première traduction du Rîg-Véda par Langlois
1852 Barthélémy Saint-Hilaire traduit la Sâmkhya-kârikâ
1861, traduction française de la Bhagavad-Gîtâ directement du sanscrit par Emile Burnouf
1867 le Mahâ-Bhârata par Hippolyte Fauche
1891 l’Atharva-Véda par Victor Henri
1900, Emile Sénart traite de "Bouddhisme et Yoga"
1903 " De l’entrainement physique dans les sectes yoguistes " Revue Anthropologique, sous le nom de "Murial Alex", pseudo d'Alexandra David-Neel (de connaissance que livresque)
Puis viennent les traducteurs : Bergaigne, Sylvain-Lévi, La Vallée-Poussin, Emile Sénart, Burnouf, Grousset, Masson-Oursel, Louis Renou, A-M. Esnoul, Olivier Lacombe, Jean Marquès-Rivière, Alain Daniélou, Lilian Silburn, Tara Michael, André Padoux, Alain Porte, Jean Papin, Michel Hulin …
D’autres font connaître les Yogis contemporains comme Romain Rolland, René Guénon, Jean Herbert … En particulier Jean Herbert (1897-1980), dès 1935, a fort à faire pour faire admettre que le yoga et l’Hidouisme sont vivants et que leurs éminents représentants peuvent prendre place parmi les phares de l’humanité : Ramakrishna, Vivekananda, Aurobindo, Mère, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi, Ramdas, etc.
Les premiers livres sur le Yoga paraissent en 1907 Bosc, 1915 Michel Sage, 1936 Mircéa Eliade, 1935 Chakraborty, 1951 A. Daniélou, 1953 Revue Les Cahiers du Sud …
Enfin paraissent les textes fondateurs du Yoga et du Hatha-Yoga : Yoga-Sutra (Wood 1914 en anglais / en français 1953, Michel Sage 1915, Taimni 1961, Varenne 1981), Hatha-Yoga Pradipika (1893/1974), Ghéranda-Samhita (1980 /1992), Shiva-Samhita (1942/), Shivayogaratna 1975, Kundaliniyoga 1979, les Upanishads du Yoga 1971, Sept Upanishads 1981 …
 
(...) 

Extrait 2

En 1938 Lanza del Vasto (1901-1981) rentre des Indes et fait partout son récit de voyage qui paraîtra en 1943 sous le titre " Pèlerinage aux sources ", avec un succès énorme. Dans ses conférences il prêche la non-violence (ahimsa) et la force du vrai (satyagraha) de Gandhi et fonde son Ashram, la communauté de l’Arche, où il a enseigné du hatha-yoga, selon J.B. Libouban, son successeur.
En 1935 Thérèse Brosse, jeune cardiologue, avec l’aide du Dr. Laubry obtient une mission d’études aux Indes pour mesurer des Yogis à l’électrocardiomètre, au pneumographe, etc. elle y revient en 1952 et 1958.
Maryse Choisy (1903-1979) était en 1922 chez Tagore et en 1952 avec T. Brosse puis chez Sivananda. Elle est la seule à enseigner la méditation yoga à Paris (voir Rencontres avec des femmes remarquables)
Nil Hahoutof (Youri 1900-1982) m’a dit avoir fait d'abord de la danse puis du cirque et rencontré un Hindou (Hyran Moy Chandra Gosh) qui lui aurait appris le yoga dès 1925 et il aurait enseigné pendant la guerre dans une école privée pour enfants handicapés près de Montpellier.
En 1947 Shri Ghatradyal Mahésh, venu travailler à l’Ecole Nationale des Sports au bois de Vincennes, ouvre un cours de Hatha-Yoga, 50 rue Vanneau Paris 7ème, sous l’égide du Dr. Filliozat, Professeur au Collège de France, du Professeur Creff ... J’ai participé aux premières séances où il enseignait la Salutation au soleil, puis j’y suis revenu plus tard avec le Dr. Frédéric Leboyer, Arnaud Desjardins, Marie-Madeleine Davy, Xavier Emmanuelli, etc.
Le 26 février 1950 il donne une conférence sur le Yoga dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, présenté par le Dr. Dolto et Françoise Dolto (ses parents adoptifs) et Swami Siddeswarananda du Centre de Gretz de l’Ordre de Ramakhrisna et il fonde le CRCFI (Centre de Relations Culturelles Franco-Indien).
En 1949 le Dr. Bex présente le Yoga dans la Revue de Kinésithérapie.
En novembre 1950 deux Indiens, le Dr. Goswami et son élève Pr. Pramanick de l’Institut de Stockholm, viennent à Paris donner une Conférence-démonstration à la Sorbonne, puis formèrent Liliane Siégel.
Vers 1950 aussi le Hatha-Yoga est enseigné à Zurich et Genève en Suisse par un jeune hindou Selvarajan Yésudian. Ancien boxeur, il écrit avec Mme Haich un livre à succès " Sport et Yoga " avec des photos de postures.

En 1950 Lucien Ferrer (1901-1964), élève de Kerneiz, ouvre 24 rue Feydeau, puis 21 rue d’Uzès, l’Académie occidentale de Yoga, où je suis les cours jusqu’à sa mort en 1964. Ayant jusqu’à 500 élèves, bien des cours étaient assurés par des moniteurs dont Yvonne Millerand, Huguette Pinson, Roger Clerc et quelques autres. Ferrer fait connaître le yoga par des conférences et des démonstrations. Une des premières fit sensation, le 3/12/1950 Salle de Géographie bd St-Germain, car il monte sur la table se met en équilibre sur la tête et fait sa conférence pendant une heure sans perdre son équilibre et sans se fatiguer à parler la tête en bas. En tant que Catalan né à Banyuls, il fera exactement pareil à Perpignan le 28 mai 1954, invité par François Brousse. Mais c’était d’abord un guérisseur qui avait un don et qui n’est venu au yoga que secondairement pour se recharger en énergie. Lui parlait de Yoga tibétain, mais semblait avoir appris l’essentiel dans le livre de Evans-Wents … Après sa mort l’Académie sera dissoute et son enseignement continué par sa fille Jacqueline Bignon et surtout par Roger Clerc (1908-1998) sous le nom en 1978 de " Yoga de l’Energie " avec les succès et les développements que l’on connaît.
En 1953 Philippe de Méric (1914-1991), élève de Kerneiz, ouvre un cours Yoga par correspondance, le Dynam-Institut. C’est un peu comme si l’on voulait enseigner la boxe par correspondance, mais malgré tout, cela a eu beaucoup de succès et a rendu le Yoga célèbre. Puis ceux qui en voulaient plus sont passés par la suite dans des cours avec un professeur de yoga.
En 1956 Louis Frédéric fait paraître Yoga-Asanas avec des photos des postures de Vishnoudévananda à Rishikesh. Et le Père Déchanet (1906-1992), moine bénédictin, pratique du yoga nudiste, publie " La voie du silence " en 1956 et fonde un groupe de " yoga chrétien " dans l’Isère en 1964.
A partir des années 60 c’est l’explosion des livres, revues, cours et publicités. Les clubs de yoga fleurissent à tous les coins de rue. Eva Ruchpaul et Georges Coulon entraînent l’équipe française de ski. Pousson et Huard rendent compte de recherches physiologiques sur le Yoga dans le Concours médical du 04/01/1960. Leurs recherches sont continuées par Henrotte, Etévenon, Lonsdorfer, Gastaut, etc. En 1963 André Van Lysebeth (1919-2004), de retour à Bruxelles de chez Swami Sivananda de Rishikesh, lance sa revue " Yoga ".

Les voyages aux Indes. Alors commencent les voyages aux Indes pour se former à la source. Tout le monde se met en chasse pour " sauver le précieux héritage ". Dans les années 1950, il semble que tout l’enseignement du Hatha-Yoga remonte principalement à deux sources, l’une au nord l’autre au sud. Bien entendu il y avait quantité de Saddhus, Sannyasins, Sikhs, Jaïns qui pratiquaient aussi du Hatha-Yoga, mais ils ne voulaient pas l’enseigner, ni même le reconnaître. La principale source se trouve à Rishikesh, là où le Gange sort des gorges de l’Himalaya. Dans cette ville sainte Swami Sivanada Sarasvati (1887-1963) vient en 1924 de fonder un ashram (Yoga Vedanta Forest Academy) après avoir fait sa carrière comme docteur à Malacca. Il réunit autour de lui une vingtaine de Swamis qui vont après essaimer partout dans le monde. Swami Chidananda, le saint estimé de tous, garde la direction de l’ashram après la mort de Sivanada. Satchitanada, après bien des voyages, s’installera aux USA en Virginie. Shankarananda fondera un ashram en Afrique du Sud. Satyananda (1923-), avec une mère tibétaine, est influencé par le Bouddhisme et rassemble partout des techniques tantriques, ce qui donnera un enseignement un peu particulier (Yoga-nidra, Mauna, Chidakhasha dharana, les 70 kriyas ). Puis en 1963 il fonde une université du yoga à Monghyr dans le Bihar (Bihar Yoga Bharati) avec ses disciples Yogamudrananda, Yoganidrananda et Niranjanananda. Swami Hridayananda était une doctoresse indienne ophtalmologue qui dirigeait le dispensaire gratuit. Les deux spécialistes des postures étaient Vishnou Dévananda (1927-1993) et Râj Bua. Le premier sera le modèle unique du livre Yoga-Asanas, puis il fondera des ashrams à Valmorin au Canada, aux Bahamas, aux USA, au Kérala, au nombre de vingt-cinq et lance une campagne mondiale pour la paix en 1970. Subramanya Râj Bua (le Roi des Anges) n’était pas swami car il avait eu une femme et trois enfants. Tenu pour mort à 8 ans, son corps avait été donné à un saddhu de passage qui l’avait réanimé par le Yoga. Je l’ai reçu à Paris, travaillé avec lui et mesuré ses progrès de 70 à 90 ans par des photographies et il a continué à faire des postures parfaites jusqu’à 104 ans. Combien d’Européens sont allés se former à Rishikesh comme André Van Lysebeth, Maryse Choisy, Robert et Suzanne Chauvel, Eveline Grieder …
L’enseignant du Sud est T. Krishnamâcharya (1888-1989), professeur de Yoga du Maharaja de Mysore, alors établi à Madras. Il a eu comme élèves Patabhi Joïs, Indra Dévi, Thérèse Brosse, Jean Klein, Gérard Blitz, Yvonne Millerand … Le frère de sa femme B.K.S. Iyengar a commencé à enseigner le Yoga à Poona en 1937 à 19 ans. Puis ses deux fils enseigneront à leur tour T.K.Sribhashyam à Nice et T.K.V. Désikachar en Europe avec le Viniyoga.
Certes, il y avait d’autres enseignants comme Patabhijoy à Mysore, Dhirendra Brahmachari (1925-1994) à Delhi, Satchidananda le Muni de Madras, Kumara swamiji, Swami Chinmayananda, etc. Mais la plupart des enseignants européens se sont d’abord formés à Rishikesh ou à Madras. Certains cependant ont eu aussi des contacts avec l’Institut de recherches scientifique du Yoga (Kaivalyadhama) fondé à Lonavla par Kuvalayananda de 1924 à 1934 avec sa revue Yoga-Mimamsa, puis qui s’est continué après sa mort avec Digambarji et le Dr. Bhole. Le célèbre Swami Muktananda (1908-1983) n’a été connu mondialement qu’en 1974 par la prise spontanée de postures lors de la montée de la Shakti en donnant Shaktipat.
Après dix voyages aux Indes j’ai pu décider à venir en France en 1981 le représentant de la lignée du Kriya-Yoga de Yogananda, Swami Hariharananda Giri du Karar-Ashram de Puri en Orissa avec son disciple Shankarananda de Bhubaneshwar. Et il a pu donner les initiations védiques de la lumière (Jyotir), du son (Nada) et de la vibration (Spanda).

La crise qui va éclater a plusieurs causes. La concurrence commence à se faire plus dure et certains veulent se préserver un marché national. Commence à apparaître l’idée que l’on peut former des professeurs de yoga à la pelle. On veut inventer un " yoga occidental " bien différent de celui de l’Inde. D’autres parlent d’une reconnaissance étatique ou d’un contrôle gouvernemental et rêvent d’une exclusivité et d’une hégémonie suprême, ou s’en accusent les uns les autres. La lutte va démarrer essentiellement sur des procès d’intention et un manque de confiance. Et il va arriver au yoga européen, ce qui est arrivé au christianisme : l’explosion en une multitude d’églises, de chapelles et de groupes, mais cependant sans les guerres de religion.

Les Fédérations. L’union fait la force, d’où les fédérations. Elles se succèdent et se multiplient en durant plus ou moins longtemps. La première est la " Fédération française de Yoga sous contrôle médical " parue au J.O. du 12 janvier 1967. La " Fédération française de Yoga " le 14 juillet 1967 devient le 8 janvier 1968 la " Fédération Nationale des Professeurs de Yoga ". La " Fédération française de Hatha-Yoga et disciplines associées " est fondée à la même époque par le Dr. Creff et Shri Mahesh. La " Fédération culturelle de Yoga " est fondée par Jean Rousseau, directeur de l’Institut de Yoga intégral. Puis vient la FIDY (Fédération Inter-enseignements de Hatha-Yoga) en 1980, etc.
Les fédérations fondées, il reste à obtenir l’exclusivité de la formation, comme c’est de règle en France pour une seule Fédération sportive. En attendant on peut obtenir un agrément d’un ministère, ce qui semble être un premier pas. La Fédération Mahesh est la première à avoir un agrément le 24 décembre 1969. L’Institut Eva Ruchpaul obtient le sien peu après et la FNPY le 6 février 1970.
Puis vient un énorme canular. Le Secrétaire d'état à la Jeunesse et aux Sports sollicité dit ne pas savoir ce qu’est le Yoga et nomme en 1972 une Commission pour en faire une étude scientifique. Puis il l’oublie et la Commission autour du Dr Bourlière continue ses réunions par plaisir, à la grande fureur des professeurs de yoga qui en sont tous exclus pour ne pas faire de jaloux. Dès le début j’ai fait partie de cette commission, dont le seul résultat a été un rapport mis dans un tiroir et finalement le livre écrit par un autre de ses membres le Dr. Bernard Auriol de Toulouse. Les professeurs de yoga occidental réclamaient une reconnaissance et un statut. Puis une fédération a créé " l’Union européenne de Yoga " et l’autre a suscité la création d’une Confédération des fédérations. J’ai longtemps fait partie des deux fédérations pour essayer de garder un lien et de les unir et en plus j’ai longtemps participé aux activités de la Confédération présidée par Mme. Maud Forget (1908-2004) du Cercle du Védanta, puis de l’Ecole normale de Yoga de Boulogne-Billancourt. Son travail le plus efficace a été la création du Programme minimum européen, finalement adopté sans trop de variations par toutes les autres Fédérations.
A coté de ces Fédérations sont apparus des mini-fédérations ou Groupes : Centre européen de yoga de Rishi, Université nationale de Yoga d’Alaphilippe, de B.K.S. Iyengar, Viniyoga de Désikachar, de Satyananda (DEPS de Swami Devatmananda), de Babacar Khane, Soleil d’Or d’Ajit Sarkar en 1977, RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Education), la maison du Yoga (Mathieu), le Centre Tapovan de Kiran Vyas, de Shri Chinmoy (dès 1964), Arnaud Desjardins, Maurice Daubard, René Bouanchaud, Nils Daum, la Maison Amrita…
Puis est apparue la Fédération des Yogas Traditionnels et sa revue " Linga ". Avec Christian Tikhomiroff, elle a grandi jusqu’à rencontrer les mêmes problèmes que les grosses fédérations. Puis pour les éviter, elle est revenue, avec André Riehl, à une structure légère et souple, comme la Confédération.
Ces fédérations ont créé leurs écoles de formation des professeurs dans chaque région de France, de une à une douzaine par fédération. Ainsi pendant plus de 15 ans ces écoles ont produit (selon mon évaluation) environ 500 professeurs de yoga par an, sans aucune concertation, en saturant complètement le marché.
Finalement la reconnaissance du statut de professeur de yoga a été obtenue de fait 20 ans après et de façon catastrophique, par l’obligation d’un impôt de TVA sur chaque cours ou leçon de yoga. Ceci a fait disparaître la moitié des enseignants, car même les cours bénévoles étaient taxés. Bien des écoles de formation de professeurs de yoga ont du fermer et les autres ont vu leurs effectifs sérieusement diminuer. La mode du Yoga en France a donc duré 20 ans de 1965 à 1985. Puis elle a été remplacée par d’autres modes (Taï-chi, Sophrologie, Taoïsme, Chamanisme, Stretching, Aérobic, Fitness et surtout Reiki, etc.). Maintenant les opposants du Yoga disent partout (même à la T.V.) que si le yoga n’est pas une secte, il est l’antichambre des sectes.
Le dernier avatar de cette invention du " yoga occidental " est dans sa forme américaine de capitalisation, commercialisation et mondialisation. Depuis la Californie ou les USA sont déposés (registered) tous les ans de nouveaux systèmes de gymnastique occidentale, mélangés ou non de bribes de yoga, sous des noms protégés comme " power-yoga ", " sphurana-yoga ", "Ashtanga-Yoga", « Bikram-Yoga », « Swasthya-yoga » etc. Il est désormais interdit dans le monde entier d’enseigner ces systèmes sans avoir été longuement et chèrement formés par le fondateur américain, sans porter son uniforme et sans lui reverser de grosses royalties, etc.

Les causes de la discorde. Il n’est pas aisé de discerner les raisons de ces divisions, car les causes sont dissimulées et enchevêtrées dans un ensemble assez complexe. Certains vont parler de retour dans l’égo, de personnalités narcissiques, de querelles religieuses d’un autre âge, etc. On pourrait dire aussi qu’il s’agit de l’invention d’un " yoga occidental " en opposition à celui de l’Inde. (Mais il n’y a pas eu cette lutte entre un judo européen contre le judo japonais). Les différences sont souvent ténues, il s’agit d’un état d’esprit avec beaucoup de procès d’intention. Certains enseignants européens ont refusé la prééminence de l’Inde et tout contrôle médical. Ils ont développé le coté scientifique en ajoutant dans leurs écoles beaucoup d’anatomie et un peu de psychologie. Ils ont surtout été allergiques à la présence des Swamis se moquant de leurs travers (supposés ou réels). Ils n’ont pas pu admettre la spiritualité du Yoga et la sainteté des Etres réalisés de l’Inde. Ils ont beau jeu de critiquer les quelques excès d’ashrams devenus des sectes (dont celui de Rajnesh à Poona ou de Hamsananda à Castellane). Et les autres peuvent critiquer la diffusion universelle du nouveau " gnagna-yoga ", gymnastique douce pour riches dames désoeuvrées luttant contre la cellulite et l’ennui. Pour les uns c’est la place de la religion chrétienne qui fait problème : le yoga ne serait qu’un adjuvant à la prière, en remplaçant le prie-Dieu. Alors que pour les autres il s’agit de TAT, Cela, le Transpersonnel, antérieur à tous les dieux personnels et à toutes les guerres des religions hégémoniques. Finalement les uns ne voient dans l’Inde que ses défauts (et ils sont nombreux) alors que les autres l’aiment quand même ou aiment encore plus Mother India. Pour les uns ceci recouvre la persistance de la mentalité colonialiste raciste contre les Indiens, alors que pour d’autres il s’agit par dessous d’une guerre de religions (12 millions d’Indiens convertis par les missionnaires chrétiens contre moins de 10 européens devenus Hindous) …
Ceci avec parfois des retournements de situation. Des Occidentaux invitent des Yogis et des Swamis en Europe. André Van Lysebeth ouvre en 1965 puis les 8 et 9 décembre 1967 à Bruxelles les Premières Journées internationales du Yoga avec Swami Satchitananda et Dev Murti, etc. Son élève Jean-Pierre Radhu veut faire mieux en organisant en juin 1969 la première Foire du Yoga à Saint-Symphorien près de Mons Belgique, dans l’immense parc de Mme. De Priches. Ce fut une rencontre extraordinaire, inoubliable avec tous les grands enseignants de Yoga venus des Indes et du monde entier, mais il n’y eut pas de seconde rencontre. Gérard Blitz (1912-1990), fondateur du Club Méditerranée puis Secrétaire de " l’Union européenne de yoga ", organise du 2 au 9 septembre 1973 une semaine à Zinal en Suisse consacrée au Yoga où il invite les grands conférenciers du moment et quelques Swamis et Hindous. Ils instauraient une ambiance sacrée bien différente des frivolités occidentales. J’ai participé aux dix premières années, puis j’ai présidé en 1991 le dernier Zinal au Club Méditerranée, consacré à " L’Ame et le corps " avec Swami Yogamudrananda. Là plus qu’ailleurs se sentait le clivage entre les amoureux de l’Inde et du Yoga spirituel et traditionnel face à leurs opposants.
Finalement il semble pour le moment que le Yoga ait échappé au piège de l’hégémonie, du pouvoir étatique et de l’enseignement officiel dans l’unique école nationale. Il a gardé sa liberté, sa diversité et sa multiplicité. Chacun finit par trouver en son temps la forme de Yoga qu’il cherche et qui convient à son degré d’évolution du moment ou niveau de sadhana. Et c’est très bien ainsi. Encore faut-il avoir une vue des différentes possibilités.

(...)

Extrait 3

3. Les méthodes d’enseignement du Hatha-Yoga.

Un autre sujet de surprise et parfois d’opposition est la différence des différentes méthodes d’enseignement du Yoga. Curieusement rien n’a encore été écrit à leur sujet. Je ne vois pour ma part aucune opposition dans cette multiplicité. Il y a bien des voies et des chemins d’accès. Le monde du Yoga est immense, colossal et tout ne peut être donné à la fois. L’essentiel est le but que l’on se propose, en se centrant sur le principal. Mais en général il n’est pas explicite ni même conscient chez les fondateurs des méthodes. Pourtant il peut être déduit clairement des préceptes et méthodes. Les différences peuvent porter sur les cours collectifs ou individuels, le fait que l'enseignant montre la posture ou non, parle pendant le cours ou non, touche ou non les élèves, instaure une progression dans les postures de la séance avec pose/contre-pose ou non, ne fait faire que des postures immobiles ou au contraire des mouvements/enchainements, apprend les posture ou fait pratiquer le yoga, insiste sur le corps ou sur l'âme (Atman) .
Par exemple, en voici quelques unes, telles que j’ai cru les comprendre au moment où elles sont apparues et où je les ai rencontrées vers 1960 (et non pas telles qu’elles sont maintenant).
 
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03 mars 2007

Le yoga égyptien (2)

Voici la retranscription fidèle d'un article extrait de la revue Ethiopiques (numéro 27) qui se définit elle-même comme "revue socialiste de culture négro-africaine". L'article date de juillet 1981. Son auteur est Babacar KHANE. Pour plus d'informations sur le yoga de l'Egypte ancienne, on se réferrera au merveilleux livre "Le Yoga des Pharaons" (cf. bibliographie).

 

Le yoga égyptien

 

medium_Babacar2.jpgAvant de parler du yoga égyptien, il n’est peut-être pas inutile de rappeler en quelques mots ce qu’est le yoga.

Le mot yoga est un mot sanscrit qui signifie « union ». Le yoga est une discipline qui étudie les facultés mentales et physiques de l’homme. Cette étude a pour but de l’amener à une meilleure connaissance de lui-même et, par suite, du monde, du cosmos. Le yogi applique le précepte formulé par Socrate : GNOTI SEAUTON, c’est-à-dire « Connais toi, toi-même ». Il rentre en lui-même et, ce faisant, il découvre en même temps l’univers.

« Mais le royaume, il est le dedans et il est le dehors de vous. Quand vous vous serez connus, alors vous serez connus et vous saurez que c’est vous les fils du Père le Vivant. Mais s’il vous arrive de ne pas vous connaître, alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté ». (*)

Cette connaissance n’est pas seulement d’ordre intellectuel. Le yogi est un empiriste. Il se pose bien souvent les mêmes questions que le philosophe, mais il n’use pas pour y répondre des seules armes du concept et de la raison discursive. Le plan de l’intellect est encore un plan trop limité (certains philosophes eux-mêmes en ont eu conscience, Kant par exemple), ce qu’il cherche est au-delà, accessible seulement dans des expériences transcendantes. Cette forme de connaissance passe par une transformation intérieure de soi-même.

Il est dit dans la Bible : « Ce que tu vois, cela tu le deviens. Poussière, si tu vois la poussière; lumière, si tu vois la lumière ». Ceci veut dire que nous voyons les choses non telles qu’elles sont, mais telles que nous sommes. L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il pense à chaque instant, il est la somme de ce qu’il pense chaque jour. La compréhension de ce principe est la base de l’évolution spirituelle.

On peut bien sûr s’adonner à la pratique du yoga sans avoir des préoccupations de cet ordre. Beaucoup de gens trouvent dans le yoga une technique de mieux-être physique et mental qui leur apporte la santé, la détente, la souplesse, un meilleur équilibre psychosomatique et la maîtrise de soi. C’est déjà un pas sur la voie de la transformation de soi.

Le yoga égyptien est une technique de maîtrise du corps et du mental particulièrement adaptée à l’homme d’aujourd’hui. Il peut en effet se pratiquer dans les attitudes courantes de la civilisation moderne: debout, assis sur une chaise ou sur le bord du lit. Il peut bien sûr se pratiquer également dans des postures qu’on peut appeler les postures des civilisations de la natte: assis en tailleur ou en lotus, mais ces postures ne sont pas accessibles d’emblée à l’homme d’aujourd’hui. Le yoga égyptien a également l’avantage de ne pas nécessiter de tenue spéciale et de pouvoir se pratiquer dans n’importe quelles conditions vestimentaires ou de lieux, ce qui a permis son introduction dans certains pays comme gymnastique de pause dans les usines, les entreprises, les bureaux.medium_NefertitiMuseeCaire.jpg

Du point de vue des effets physiques, le yoga égyptien a, en plus des effets communs à toutes les formes de yoga (amélioration des fonctions respiratoires, assouplissement, amélioration des grandes fonctions organiques) des effets spécifiques concernant la rééducation de la colonne vertébrale et de l’ensemble de l’appareil locomoteur. Qui n’a pas été frappé par la beauté et l’harmonie des statues des pharaons ou des dieux égyptiens? On parle beaucoup de la beauté grecque, de la culture physique grecque et l’on oublie tout ce que la Grèce doit à l’Egypte, sur ce plan là comme sur beaucoup d’autres. Le yoga égyptien est un yoga de maintien qui développe la prise de conscience du corps dans sa dimension esthétique, ce qui le fait particulièrement apprécier des adeptes féminines.

Problème de verticalité

La recherche d’un maintien correct n’est pas qu’une préoccupation esthétique, c’est une nécessité tant du point de vue de la santé de l’esprit que du point de vue de la santé du corps. Toute attitude incorrecte a des répercussions profondes au niveau du fonctionnement des différents organes, au niveau également du fonctionnement du mental.

Or, il n’est pas si facile que cela pour l’homme d’avoir un maintien correct. D’après les biologistes, l’homme est un produit évolué du règne animal.medium_Babouin_Balade.2.jpg Son évolution mentale est allée de pair avec un redressement progressif du corps qui l’a amené à la position verticale. Son squelette a, certes, évolué lui aussi, mais c’est un squelette qui n’était pas fait pour la station verticale et ceux-là mêmes qui refusent d’admettre nos origines animales ne peuvent pas nier que notre squelette soit bâti sur le même plan que celui de l’animal. La station verticale est pour notre corps une position anormale, d’où un certain nombre de problèmes pour beaucoup d’entre nous: maux de dos, au niveau de la région lombaire en particulier, difficultés respiratoires et tous les troubles de la statique et de la démarche bien connus des kinésithérapeutes.

Ce problème de la verticalité et de l’adaptation de l’homme à la verticalité est une des préoccupations majeures du yoga égyptien. La plupart des attitudes sont des attitudes verticales qui ont pour effet de renforcer la musculature, de développer le sens de l’équilibre et le contrôle de la position du bassin.

Une parfaite adaptation à la verticalité n’est pas seulement une question de santé, c’est aussi un facteur d’évolution. Je l’ai déjà dit tout à l’heure, c’est le redressement du corps de l’homme qui a permis le développement de ses facultés mentales. La verticalité a libéré les bras, rendu inutiles les puissantes mâchoires et à mesure que la partie inférieure ou maxillaire de la tête, consacrée aux fonctions nutritives, perdait de son importance, la partie supérieure renfermant le cerveau a pris de plus en plus d’importance. Oscar Wilde définissait ainsi le pamplemousse : « C’est un citron qui a eu de la chance et qui en a profité ». On pourrait en dire autant de l’homme : c’est un anthropoïde qui a eu de la chance et qui en a profité. Nous appartenons à la même famille animale que les singes. Comment ne pas être frappé, émerveillé par le processus évolutif qui a eu lieu?

Les Egyptiens disaient que l’homme doit avoir les pieds sur terre et la tête au ciel. On peut dire que la verticalité est un hommage que l’homme adresse au Créateur, un hommage au dieu soleil qui nous a dispensé sa vitalité depuis les origines. La station verticale, du fait qu’elle permet l’ascension de l’énergie primordiale de la base de la colonne vertébrale jusqu’au cerveau, rapproche l’homme de la divinité.

medium_Marche_en_Torsion.3.jpgEn plus de la verticalité, le yoga égyptien développe la faculté de coordination psychomotrice. Il comporte en effet un certain nombre d’enchaînements qui sollicitent la participation consciente de différentes parties du corps: bras et jambes; bras et tronc; bras et tête; bras, tronc et jambes; bras, jambes et tête. Toutes les parties du corps peuvent être sollicitées en même temps. Ceci développe l’attention et le pouvoir de concentration. On peut dire qu’une séance de yoga égyptien est une méditation active. Là encore ce travail est un facteur d’évolution. Si l’on observe en effet l’évolution du cerveau de l’animal à l’homme, on constate que chez celui-ci, la zone corticale supérieure, siège de l’activité consciente) s’est considérablement développée, alors que chez l’animal ce sont les zones de l’activité réflexe qui dominent: cervelet et bulbe rachidien. Mais l’homme qui n’exerce pas ses facultés de conscience et de concentration n’utilise qu’une très faible partie de ses potentialités mentales. D’aucuns disent 1 % de ses facultés mentales. Il y a entre cet homme et l’homme « éveillé » autant de différence qu’il y en peut avoir entre un athlète et un sédentaire sans activité sportive dont on comparerait la musculature.

On peut être surpris de découvrir la présence d’un yoga, c’est-à-dire d’une technique d’évolution spirituelle, en Egypte. On n’est pas habitué en effet à considérer l’Egypte ancienne comme une terre de profonde spiritualité. Et celui-là même qui admire ses réalisations architecturales est le premier à sourire devant l’abondance cosmopolite du panthéon égyptien. Voilà qui est pour le moins contradictoire. Comment un peuple sans religiosité véritable aurait-il pu produire une architecture religieuse d’une pareille envolée? Reconnaissons que l’aspect hiératique des statues égyptiennes, les proportions grandioses des temples et des pyramides s’accordent mal avec la vision péjorative et caricaturale que l’on a souvent, en particulier en Occident, de la religion égyptienne. Hérodote n’avait peut-être pas tort d’affirmer que les Egyptiens étaient les plus religieux des hommes. Le sacré qui émane des créations artistiques égyptiennes ne peut être que le fait d’un peuple hautement religieux.

Les cultes à mystères

medium_carte.gifCette spiritualité égyptienne est généralement méconnue parce qu’elle n’était pas accessible à tout un chacun, mais restait l’apanage des seuls initiés. L’Egypte fut en effet le pays des cultes à mystères et nombre d’étrangers, Grecs en particulier (Pythagore et Platon par exemple), y venaient recevoir l’initiation. Platon est un des plus grands penseurs du monde antique, or il a été initié en Egypte; ceci ne permet pas de douter de la qualité des enseignements qui étaient donnés là-bas, même si par la suite certains rites de ces cultes initiatiques furent importés dans d’autres pays et y connurent maintes déformations. Aujourd’hui encore certains enseignements ésotériques d’un haut mysticisme se réclament des traditions secrètes de l’Egypte ancienne.

Mais il y a plus que cela: les religions monothéistes qui font notre admiration aujourd’hui, christianisme, judaïsme, religion islamique, sont, par l’intermédiaire de l’Ancien Testament, des héritières de la spiritualité égyptienne. Moïse en effet, à qui l’on doit les Commandements, le récit de la Genèse et le Pentateuque, fut initié en Egypte.

medium_ObelisqueHeliopolis.2.JPGQu’il soit ou non né de famille juive, comme l’affirme la Bible, Moïse fut élevé dans la famille du pharaon, par la sœur même de celui-ci qui, toujours d’après la Bible, l’aurait adopté. Selon le prêtre égyptien Maneton, Moïse aurait été initié et serait parvenu au grade initiatique suprême. Son nom initiatique égyptien était Osarsiph, ce qui veut dire « consacré à Osiris ». Il reçut son initiation dans le temple d’On, ville qui fut baptisée Héliopolis par les Grecs, c’est-à-dire la « cité du soleil », à cause du culte solaire qui s’y rendait. Cette ville était très réputée dans tout le monde antique et c’est là également que vint Platon. Aujourd’hui il ne reste plus de l’Héliopolis antique que l’obélisque de Sésostris, un kôm dévasté et quelques tombes enfouies. Dès l’époque hellénistique, ses monuments furent pillés, dispersés et réemployés ailleurs. Héliopolis était le centre d’un culte solaire : le dieu soleil y fut adoré sous divers noms (Atoum, Khéphri, RêHarakhty), ce fut aussi un centre initiatique important et c’est donc là que Moïse fut initié. Moïse connaissait donc parfaitement la langue sacrée des Egyptiens: les hiéroglyphes et ses écrits étaient primitivement en langue égyptienne. Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque la connaissance des hiéroglyphes sacrés se fût amoindrie, que les sages d’Israël transcrivirent en hébreu les textes mosaïques.

medium_akhenaton2.jpgEn fait le fondateur de la religion hébraïque n’a rien inventé. Le monothéisme a toujours existé en Egypte, parfois occulté, parfois renaissant en pleine lumière. Et on ne peut s’empêcher d’établir un rapprochement entre Moïse et Akhénaton. Celui-ci, s’appuyant sur des doctrines héliopolitaines, avait, un siècle avant Moïse, remis en vigueur le monothéisme ancien.

En réalité la frontière entre polythéisme et monothéisme n’est pas si aisée que cela à tracer. Le monothéisme semble bien avoir été la base commune à toutes les religions. Mais à côté du dieu unique et créateur, sont vénérés un certain nombre d’autres êtres en qui s’exprime un peu de la puissance et de la perfection divines ; parfois ces êtres sont assimilés à dieu ou même le supplantent. Le culte des saints n’est-il pas lui aussi une forme de polythéisme?

Le yoga égyptien est, nous l’avons vu, un yoga de la verticalité. Cela n’a rien d’étonnant si l’on se reporte au culte égyptien et aux monuments religieux qu’il nous a laissés. Les monuments les plus significatifs sont bien sûr la pyramide et l’obélisque.medium_Pyramide.JPG Ce sont, comme la ziggourat babylonienne, des symboles ascensionnels et des figures de médiation reliant le ciel et la terre, l’homme et la divinité. Expression d’une poussée vers le haut, ce sont des monuments typiques de cultes ouraniens, c’est-à-dire de cultes des forces célestes, alors que les puits, les fosses sont liés aux cultes chthoniens ou cultes des forces d’en bas. L’Egypte avait un culte solaire, cela apparaît bien dans ses monuments religieux.

L’homme va vers Dieu, mais que seraient ses efforts si Dieu ne venait aussi à lui? La pyramide et l’obélisque évoquent non seulement l’ascension de l’homme vers Dieu, mais aussi la descente de Dieu sur la terre. Par leur forme en effet, elles rappellent l’étalement des rayons solaires à partir du foyer origine. C’est même plus qu’une analogie: la pointe de la pyramide joue véritablement le rôle d’un capteur et d’un condensateur de l’énergie cosmique.

Cette double valeur (émission, réception), nous la retrouvons dans les mouvements du yoga égyptien. Ce yoga, qui se pratique debout ou assis, mais le tronc vertical et la tête redressée est un yoga ascensionnel. Dans les postures couchées du yoga hindou, l’homme s’imprègne davantage du magnétisme des forces telluriques et se rapproche de son lointain passé d’animal nageant dans les eaux primitives ou rampant sur les premiers lambeaux de la croûte terrestre. medium_posture3small.2.jpgLe yoga égyptien est au contraire un yoga solaire. Une des postures caractéristiques de ce yoga est la posture du chandelier : dans cette posture, les mains et les avant-bras sont verticaux, la pointe des pieds dirigée vers le ciel, de manière à former une véritable antenne réceptrice. On peut rappeler à ce sujet un passage de la Bible où il est dit que Moïse passa toute une journée en prière, les brans en chandelier, afin de se faire le transformateur de l’énergie céleste et d’envoyer cette énergie à son peuple qui était alors en train de livrer une bataille. Au milieu de la journée, comme il n’en pouvait plus, on dut soutenir ses bras. On le voit, l’efficacité de la posture du chandelier n’est pas de l’ordre du symbole, c’est réellement qu’elle met l’homme en communication avec les énergies célestes; elle fait de lui un récepteur et un transformateur d’énergie cosmique au même titre que la pyramide ou l’obélisque.

Il y aurait lieu de faire une étude systématique des points communs qui peuvent exister entre la spiritualité égyptienne et la spiritualité hindoue, puisque l’Inde fut l’autre foyer important du yoga. Pareille étude dépasserait les ambitions d’un article de ce genre. Bornons-nous simplement aux quelques observations suivantes. Du point de vue de l’iconographie, un certain nombre de rapprochements s’impose. On a beaucoup parlé du mystérieux, de l’énigmatique sourire du sphinx. Comment ne pas rapprocher ce sourire du sourire du Bouddha. La beauté égyptienne a une dimension que n’a pas la beauté grecque.medium_ramses-osiris-isis-grand.2.jpg La beauté grecque a une beauté profane, la beauté égyptienne est une beauté sacrée. Les figures des dieux ou des pharaons égyptiens sont véritablement des incarnations de l’intemporel et du divin. Elles ont, comme le visage des yogis de l’Inde, une présence qui ne relèvent pas de ce monde, mais qui vient d’un au-delà, le monde intemporel du sans-forme.

Signalons également l’uraeus égyptien, c’est-à-dire l’ornement en forme de serpent qui se trouve placé au centre du front des pharaons. C’est une représentation de la déesse-serpent que l’on appelle « œil brûlant de Rê ». Cette image du serpent est placée au centre du front, à l’emplacement exact du troisième œil que les Hindous appellent « œil de Shiva » ou « ajna chakra ». Shiva est, comme Rê, un dieu solaire, le dieu du feu purificateur et destructeur. L’ouverture du troisième œil ou œil spirituel est liée pour les Hindous à l’éveil de la « Kundalini shakti », l’énergie primordiale qui siège à la base de la colonne vertébrale et que l’on représente sous la forme d’un serpent lové.medium_louxor1.gif Ainsi la déesse-serpent, l’uraeus des Egyptiens, n’est rien d’autre que la kundalini des Hindous, l’énergie purificatrice et transformatrice qui fait de l’être un « éveillé », un « illuminé ». Sa représentation au front des pharaons laisse entendre que ces derniers recevaient une initiation spéciale.

Il y aurait lieu également de parler de la réincarnation. Les Egyptiens y croyaient-ils, n’y croyaient-ils pas? D’après Hérodote, ils y croyaient et certaines formules du Livre des Morts vont dans ce sens. Il semble que, tout comme les Hindous, ils y aient cru et que les rituels d’ensevelissement et de momification aient eu pour but d’obliger le défunt à se réincarner en Egypte. Ils auraient cru, toujours comme les Hindous, à un cycle de transmigrations successives qui auraient fait passer l’âme à travers toutes les formes vivantes, des plus grossières aux plus subtiles.

medium_egypte-ancienne1.gifCes points communs entre l’Egypte et l’Inde ne sont pas si surprenants que cela. On sait maintenant que le yoga hindou n’est pas d’origine indo-européenne, mais dravidienne. Il aurait été pratiqué originellement par les populations noires de l’Inde, avant d’être repris par les populations indo-européennes. L’Egypte a été elle aussi habitée par des populations noires et c’est sans doute elles qui avaient apporté au monde égyptien la pratique du yoga et les cultes initiatiques.

(*) Evangile selon Thomas, paragraphe 3, lignes 7 à 15.